De l'autre côté des Andes, en regardant vers l'ouest depuis les hauteurs de Bogota, le rêveur trouvera Medellin. Cadette rivale de Bogota, la seconde ville du pays n'en est pas moins rebelle. A Medellin, on est décidément "Paisa" avant d'être colombien, on vit bercé par la douce chaleur d'Antioquia et on se nourrit de soleil et d'aguardiente toute l'année.
Ville d'entrepreneurs farouches dans une région profondément rurale, Medellin a les pieds dans une finca et la tête dans les affaires, et pas des moindres. Les plus grands entrepreneurs du pays sont bien souvent Paisas, comme le président Uribe d'ailleurs.
C'est la patrie du maître Botero, dont les sculptures bedonnantes ornent de nombreux quartiers de la ville. L'une d'elles, éventrée par une bombe il y quelques années dans un attentat meurtrier, est restée tel quel à la demande de l'artiste qui en a posé une réplique juste à côté. L'art plus fort que les bombes...
Car Medellin fut aussi la patrie du cartel du même nom, celle de Pablo Escobar et d'une violence mémorable dans les années 90. Elle a bien changé aujourd'hui, accueille chaque année plus de touristes, s'ouvre à ses quartiers populaires, se rénove. Medellin vit quoi, et bien.
Au coeur de toute cette modernité vit mon Grand Père Lionel, et ce depuis 60 ans. Véritable mémoire vivante de la ville, il en a vu toutes les évolutions. Depuis la modeste localité où se rendaient, en fin d'après midi, les paysans du coin, montés sur leurs chevaux, pour aller descendre leur bouteille d'Aguardiente ; jusqu'aux immeubles poussant aujourd'hui comme des champignons et qui permettent, dit-on, de blanchir les colossaux bénéfices du narcotrafic (on aurait vu la construction de certains de ces immeubles être payée intégralement en liquide...!).
Autant dire que "Don Leonel", Medellin, il connaît. Mais aujourd'hui, protégé par son verger et en compagnie des oiseaux de passage avec qui il partage ses oranges qui poussent tout l'année, il vit au calme, loin des folies modernes qu'il regarde passer paisiblement dans l'écran de sa télé.
Je ne me lasse pas d'entendre les histoires de cet enfant du siècle, d'une vie meurtrie par la guerre puis construite à grands coups de boulot dans un pays neuf où il est arrivé en 1947, à l'aventure... Tel Grand Père, tel petit fils?
Sa maison, son hâvre, ses arbress sa piscine et ses oiseaux sont un repos sans pareil et son bon coup de fourchette une joie quotidienne, même s'il paierait cher pour manger à nouveau un bon pied de cochon parisien... Un jour peut être.
En attendant, la vie est là et les histoires encore nombreuses.
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