J'ai lu il y a peu dans "El Colombiano", feuille de chou fort correcte de Medellin qui y fait et défait l'actualité, un article qui vantait l'incroyable potentiel naturel de la région d'Uraba. L'article tournait bientôt au quasi-pamphlet et s'indignait de l'inaction des pouvoirs publics qui avaient trop longtemps laissé le bijou à la merci des grandes firmes bananières et autres groupes dits " à la marge de la loi", entendez FARC, ELN et autres Paramilitaires.
Uraba pour moi, jusqu'à vendredi dernier, c'était juste loin, beau sans doute, et complexe comme la Colombie. C'était la pointe nord du département d'Antioquia, une main levée vers les Caraibes et aparemment ignorée de la majorité blanche du département. C'était aussi la terre des origines de ma belle, qui a usé ses sandales d'enfant dans les rues de Chigorodo avant de redevenir Paisa de Medellin, et qui relate autant de souvenirs merveilleux que de mémoires de violence dans la région.
En tout cas, Uraba pour moi, c'était un peu l'inconnu. Et si cette terre a en effet souffert des attaques répétées des FARC dans le passé, dirigées vers les grands propriétaires des gigantesques bananeraies dont Uraba est devenue la capitale, elle se redevient aujourd'hui pacifique. Pauvre et rude, certes, mais vivante et diverse, Uraba m'a enchanté.
Comme souvent dans les voyages, la vraie couleur, le vrai rythme, dépend des gens que l'on rencontre. Après presque 8 heures de route depuis Medellin, descendant une tortillante de montagne percée de trous béants à vous mettre de très mauvais poil, rencontrer Jairo, dans sa maison sur pillotis de la ciénaga était d'une douceur inesperée. Déguster la soupe de poissons de Betty au marché de Turbo, rire des ballons aux formes équivoques d'une vendeuse du même marché avant dévorer un quartier de pastèque rougeoyant fraîchement coupé par un marchand de Cordoba, était simplement un rappel que même dans les coins que l'on croit damnés existe l'héroïsme, la beauté des sourires au milieu de la misère, le bonheur simple de bien servir et d'insuffler du bonheur.
Uraba, aux veines encore ouvertes par tant d'exploitations, vibre de la lumière tragique des lieux peuplés de gens que rien n'arrête. Même pas une coupure d'électricité dans le salon d'un barbier de Chigorodo...
Nous avons encore beaucoup à apprendre.
Le tout en images dans l'album d'Uraba.
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