J'aime quand la Colombie me rappelle à son bon souvenir d'immensité et de diversité en me dévoilant encore des lieux et des histoires humaines incroyables, que deux ans de ballades dans ce beau pays n'ont pas suffi à découvrir.
Le 7 décembre, dans toute la Colombie, c'est la nuit des bougies. Cette fête traditionelle de la période de Noël rend hommage à la vierge et marque le début de la Fiesta de las Luces (fête des lumières) à Villa de Leyva. Ce village du département du Boyacà est l'un des plus beaux villages coloniaux de Colombie, et s'enflamme chaque année de feux d'artifices pendant deux jours de fiesta populaire.
Je n'avais jamais visité Villa de Leyva, ce qui est un peu étrange pour un coin si visité et si proche de Bogota (3 heures). J'y ai enfin planté mon drapeau et, ô surprise: j'y ai trouvé du vin Colombien!
Le climat de Villa de Leyva est plutôt aride et ensoleillé toute l'année, avec quelques pics de pluie vers la fin d'année. Le terroir intéressant et le charme du village ont amené deux idealistes formidables à vouloir en faire le Mendoza des tropiques. Sur deux propriétés du coin, on trouve donc des parcelles de cabernet sauvignon et de chardonnay, aux pieds rudes et noueux comme nous les connaissons bien, et portant fièrement feuilles vertes et feuilles mortes sur un même bois, rappellant au connaisseur surpris que sous nos latitudes, point de saisons. Ici, tout pousse en permanence...
Les résultats de cette aventure passionnée et un peu dingue sont diamétralement opposés. Joachim, l'agronome Allemand aux pieds sales, tranquille propriétaire de la Vina de la Villa, est installé dans la région depuis 20 ans. Il entretient avec ferveur ses pieds de cabernet, ses cuves inox et sa bouchonneuse entièrement manuelle. Passionné par son art et enchanté de le partager, il produit néanmoins un vin épouvantable. "C'est du vin des tropiques", m'explique t'il, conscient sans doute de la piètre qualité de sa picratte qu'il nous fait déguster avec bonheur. L'aventure attire néanmoins le touriste qui, sevré au rhum de canne, achètera une bouteille en souvenir. Après tout Joachim est heureux et c'est cela qui compte, non?
Quelques kilomètres plus loin, on arrive au domaine Aïm Karim, propriété de Mr. Toro, un grand bourgeois colombien formé a l'oenologie en Californie et portant élégamment un foulard en soie sous sa chemise oxford. Du moins c'est ainsi qu'il apparait sur une copie d'un article d'une revue spécialisée affichée fièrement dans la salle de dégustation. C'est tout ce que nous verrons de Mr. Toro aujourd'hui car le pauvre homme est mort brutalement il y a 4 mois. Il a néanmoins laissé derrière lui un joli vignoble et des instalations très pro, de belles cuves et une superbe cave voûtée ou reposent quelques barriques de chêne américain.
Et là j'ai cru un instant à la Colombie comme jeune prodige du nouveau monde. Sa grande réserve 2006 m'a surpris. Rond, equilibré, boisé... Une dégustation a l'aveugle m'aurait fait douter de son origine. Mais c'est bien d'un vin Colombien qu'il s'agit, et il est excellent. La petite production de Mr. Toro se vend bien en Colombie et ses progrès sont surprenants. Un peu de persévérance et un bon successeur lui permettront sans doute de rentrer dans les annales...
Quelques photos des vignobles et d'autres images de la région dans l'album "Villa de Leyva".
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